de toujours et de maintenant
La particularité de Théâtre en
Liberté ? Quelques prémisses qui animent Daniel
Scahaise depuis plus d’un quart de siècle qu’il
fait du théâtre, et qu’il est arrivé à concrétiser
de façon cohérente depuis qu’il a fédéré autour
de lui une équipe d’artistes qui partagent ses vues, une
sorte de phalanstère qui doit sa cohérence à l’élan
partagé et à quelques idéaux communs.
Une vision du théâtre d’abord, perçu
dans sa noblesse et son exigence : il est avant tout le lieu où de
grandes fables sont jouées par des artistes vivants devant des
spectateurs vivants, en ce sens qu’ils ne sont pas considérés
comme des consommateurs ou des admirateurs mais comme des partenaires.
Le répertoire comporte quelques grands textes, dont on ne préservera
la force que pour autant qu’ils soient régulièrement
joués, ce qui n’est guère le cas aujourd’hui.
Eschyle, Shakespeare, Tchekhov, Claudel, Wedekind, Brecht forment le
patrimoine dans lequel le Théâtre en Liberté puise
avec un naturel confondant, ce qui rend ces grandes œuvres proches
des spectateurs auxquels elles sont offertes dans leur pertinence chaque
fois renouvelée.
Cela suppose un langage scénique qui soit à la
fois clair et résolument actuel. Ici, pas d’interprétation
abusive, qui se veuille outrageusement sollicitée. Le désir,
en revanche, que rien de ce que le texte est en mesure de nous dire ne
demeure occulté. Ce qui donne aux spectacles Théâtre
en Liberté leur fraîcheur, leur dynamique évidente,
qui est cependant le fruit d’une mûre réflexion, mais
qui ne s’exhibe pas.
Si, de spectacle en spectacle, cette puissance s’impose
sans cesse davantage, c’est qu’elle anime une équipe
soudée réunissant bon nombre de fidèles compagnons,
qui sont partie prenante dans toutes les opérations de conception,
de réalisation, de promotion des spectacles. C’est cela
une troupe : avant tout un esprit né d’un accord fondamental
sur les ambitions premières. Cette solidarité dans la vision,
résultat d’une concertation permanente, se sent durant la
représentation, elle lui confère son unité, elle
gage d’un style qui, au théâtre, il faut du moins
le souhaiter, naît de l’accord de tous ses artisans ;
c’est le cas du Théâtre en Liberté
Dans le paysage théâtrale belge, dont on
sait la richesse et la diversité, il y a lieu de se réjouir
qu’une telle entreprise commune existe, parce qu’elle plonge
ses racines dans une tradition prestigieuse, dont elle démontre
contre vents et marée qu’elle n’a pas fait son temps.
Et qu’elle est même peut-être plus nécessaire
que jamais.
Jacques De Decker
Depuis quinze ans, cette troupe d’une quinzaine de comédiens
et collaborateurs artistiques s'est réunie afin de renouer avec
un théâtre populaire dans un travail de compagnie. L'enthousiasme
et l'imagination sont les mots autour desquels notre équipe s'est
réunie. Oui, nous croyons qu'il est encore possible de rassembler
un public de plus en plus large autour d'un projet théâtral
et d'un répertoire de haute culture. Trop souvent, le plaisir
du théâtre ne s'est - il pas éloigné de nos
scènes ? Tous nous voudrions monter des spectacles non pas confinés
dans un respect sclérosant, mais où le souci de la tradition
s'enrichirait des précieux apports de la modernité théâtrale
et, donnant toujours au théâtre cette place privilégiée
qui est la sienne, ouvrir les portes de l'imaginaire, de la poésie,
du rêve … Après avoir erré dans différents
lieux « Christophe Colomb » ; « Meurtre dans la cathédrale », « Arturo
Ui » et durant deux saisons fait revivre le Théâtre
du Vaudeville, après avoir monté "Les Trois Mousquetaires" sous
chapiteau, la troupe à déposé ses bagages au Théâtre
de la Place des Martyrs dont elle est une des chevilles ouvrières.
|
Travailler ensemble, solidaires et
différents.
Le compagnonnage au sein du Théâtre
de la Place des Martyrs entre trois compagnies théâtrales
bien différentes les unes des autres est une expérience
passionnante : rencontrer des univers singuliers, partager des idées,
découvrir d’autres esthétiques. Un de nos principaux
objectifs est bien sûr de conserver chacun nos spécificités,
et nos discussions nous y encouragent : Aiguisons nos désirs
de proposer un art théâtral personnel et particulier !
Pour ma part, je trouve extrêmement précieuse
cette liberté de pouvoir travailler sur la matière théâtrale
que je désire. Rien n’est plus fort que cela parce qu’enfin,
je peux réfléchir à mes projets théâtraux
pendant un an, deux ans ou plus avec la quasi certitude de les mettre
en scène quand je le souhaite, quand les idées sont arrivées à maturité.
Ce compagnonnage a également permis une évolution
dans mon travail de metteuse en scène. L’occasion unique
proposée par Daniel Scahaise de vivre quotidiennement dans un
théâtre m’a fait passer de la recherche sur les utopies à la
recherche sur la notion de « l’ici et maintenant ».
Vivre enfin dans l’utopie réalisée du compagnonnage
permet d’avancer vers d’autres désirs.
« La tranquillité absolue
est l’instant présent.
Bien qu’il soit maintenant, il n’a pas de limite, et en cela
est la joie éternelle. »
Houeï-Neng, le sixième patriarche Zen.
Cette notion d’ « ici
et maintenant » détermine mes choix pour les acteurs,
pour les textes. Je lis beaucoup d’écrits d’auteurs
contemporains. J’essaie d’y découvrir des accointances
avec ce que je vis, avec ma façon d’envisager les relations
humaines, avec une poésie qui me touche… D’heureux
hasards permettent que je découvre régulièrement
des trésors parmi différents auteurs belges. Pourquoi ?
Parce que le fait d’avoir rencontré au moins une fois ou
deux un auteur me permet beaucoup mieux de saisir l’univers et
les relations humaines qu’il propose. J’y suis donc plus
sensible.
Le fait de vivre avec deux compagnies théâtrales
qui pratiquent autrement permet d’affermir ses propres désirs
en rendant heureux, je l’espère, un large public. Après
sept années passées à travailler ardemment, comme
des artisans, dans un même théâtre, nous continuons
la route ensemble… Qu’elle soit la plus sereine possible
pour chacun !
Christine Delmotte,
metteuse en scène de la Compagnie Biloxi 48
De 1987, date de la création de la Compagnie Biloxi
48, à l’an 2009, vingt-deux années d’expériences
théâtrales à Bruxelles, en Wallonie et en France
ont eu lieu : mise en scène, mise en espace, adaptation, écriture,
ateliers, enseignement, débat…
…“ Aventure de Catherine
Crachat” de Pierre Jean Jouve, “Kiki
l’Indien” de Joël Jouanneau, “Nathan
le Sage” de Lessing, adapté par Christine Delmotte, “Kou
l’ahuri” de Jacques Duboin, adapté par Christine Delmotte, « Amélie
Nothomb », logographe entre Amélie Nothomb et Christine
Delmotte, “Soie” d’Alessandro Baricco, adapté par
Christine Delmotte, “Ahmed le Subtil”d’Alain Badiou, “Aurore
Boréale” de Paul Pourveur, “L’Auberge Espagnole” d’Alain
Berenboom, « Bureau National des Allogènes » de
Stanislas Cotton, « Antigone » d’Henry Bauchau,
adapté par Christine Delmotte et Michel Bernard, « Le
Sourire de Sagamore » de Stanislas Cotton, « Décontamination » de
Paul Pourveur, « La Paix » d’Aristophane,
adapté par Christine Delmotte, "La Damnation de Freud" d'Isabelle Stengers, Tobie Nathan et Lucien Hounkpatin, "Le Silence des Mères" de Pietro Pizzuti, "Ahmed philosophe" d'Alain Badiou, "Les Fourberies de Scapin" de Molière, "Sur les traces de Siddharta" de Thich Nhat Hanh adapté par Christine Delmotte et Paul Emond, "L'eau du Loup" de Pietro Pizzuti, "Biographie de la Faim" d'Amélie Nothomb, adapté par Christine Delmotte, "Nathan le sage" de Gotthold Ephraïm Lessing- Adaptation de Gaston Compère, "Kif Kif" de Pietro Pizzuti, "Milarepa" d'Eric-Emmanuel Schmitt, "Cinq filles couleur pêche" d'Alan Ball... |
| Solidarité. Ouvrier. Métier.
LA SERVANTE
D’après le dictionnaire de la langue du théâtre, la servante « est une lampe, généralement placée au milieu du plateau ou en avant de la scène, utilisée au moment des répétitions ou quand le spectacle est fini. De faible intensité, sa qualité réside dans la mobilité ; il s’agit plutôt d’une veilleuse qui ne manque pas, de par son nom, d’être associée à l’idée de service rendu, de domestique fidèle et dévouée. Elle rassure dans le noir et manifeste de manière tangible que les dieux tutélaires du théâtre veillent. »
Créée à la suite de mon départ forcé de Louvain-la-Neuve voici cinq années, LA SERVANTE, - qui n’est pas une compagnie, encore moins une « jeune compagnie », mais seulement une structure de production -, avait pour objectif essentiel d’accompagner mon travail artistique par la recherche de moyens budgétaires et logistiques destinés à la mise sur pied de nouveaux projets.
Elle a, jusqu’à ce jour produit deux spectacles, Des couteaux dans les poules et Récit de la servante Zerline, avec l’aide de différents partenaires professionnels, mais sans jamais obtenir de moyens budgétaires récurrents de la part des autorités de tutelle.
L’invitation, que lui font aujourd’hui Daniel Scahaise et le Théâtre de la Place des Martyrs, comble aujourd’hui cette lacune, et lui offre enfin quelques garanties de pérennisation de son activité.
Aux côtés de Théâtre en Liberté et de Biloxi 48, La Servante, durant un laps de cinq saisons, se propose essentiellement d’aborder l’exploration d’un répertoire de « l’intimité », qu’il soit classique ou contemporain, et rejoint le compagnonnage si généreusement offert, en débutant avec Bérénice de Jean Racine.
Philippe SIREUIL,
31.03.2008
|